Il n’a pas biaisé Nasti. Il aurait pu se livrer à des manœuvres dilatoires, à des contorsions sémantiques, ou même simplement abdiquer se contenter de son col bleu blanc rouge et de ses deux étoiles et puis basta…
A l’inverse, il a choisi de souffrir à nouveau, de se mettre à nu, de dire à sa manière l’élan qui le pousse vers le graal au risque d’être incompris, raillé, rejeté. Moi-même j’ai douté tant ce lieu me paraissait ésotérique pile entre l’outrance disproportionnée et la tradition surannée.
Le bois a effacé le passé, le blanc le mauve, exit le 64°, le chef a grandi au point d’apposer son nom au pignon de son établissement ainsi la signature est encore plus forte.
Et si comme je le pressentais le but était que le client se centralise sur l’assiette et rien que l’assiette, la manœuvre est réussie, tant celle-ci se détache en relief sur un fond blanc comme un écran dans un trait de lumière complice.
Les morilles fraîches noix et Comté en hommage à la saison, les asperges de Clarisse oseille et caillé de brebis d’une exquise sapidité en hommage à l’Alsace, les pois Lincoln cuits au millième façon bête de concours, escortés d’un caviar Petrossian pour cravacher l’assemblage, certainement le plat le plus simple à réaliser, pour ma part l’épicentre de l’émoi gustatif de la soirée, le « pois G » de la simplicité exaltée qui demande une technique aussi précise qu’une pièce d’horlogerie Suisse.
Le service est à l’unisson, loin du cérémonial ringard qui sied aux« grandes maisons » avec un sommelier joueur et habité par une passion dévorante pour son métier.
Aujourd’hui un grand restaurant c’est beaucoup plus qu’une assiette créative, c’est du sentiment un but, une ligne, des gestes et du sens. Faire ce métier de service et non de servitude est un acte d’amour, cela prend tout son sens ici.
Je reviendrai l’an prochain pour la 3 ème étoile qui ne tient plus qu’à un fil.